Gouvernance
C’est un mot subversif. Il rappelle à tous ceux et celles qui prétendent diriger que nos organisations privées, publiques ou sans but lucratif n’ont plus, comme autrefois, un seul maître à bord. Qui tient les commandes chez Bombardier, à Nortel, à la Croix-Rouge ou au gouvernement du Québec? Malgré les apparences, la direction n’est pas le fait d’une personne, d’un pilote, mais celui de circuits et de réseaux s’adaptant constamment aux circonstances — un peu comme un avion branché sur le pilote automatique.
La gouvernance, ce sont ces réseaux qui relient actionnaires, citoyens, travailleurs, fournisseurs, clients, groupes d’intérêts, médias, élus et autorités réglementaires des gouvernements. C’est ce qui les amène à coordonner leurs activités pour assurer à l’organisation une performance adéquate.
Le pilote automatique qui coordonne tous ceux qui détiennent un morceau du pouvoir, des ressources et de l’information ne fonctionne pas toujours de façon impeccable. Il arrive que personne ne soit tenu responsable quand de multiples intervenants ont pris part à une mauvaise décision. Il existe aussi des incitations perverses, comme quand le PDG de Nortel reçoit une prime de plus de cinq millions de dollars alors que la société perdait 80% de sa valeur cette année-là… Ce sont là des pathologies de la gouvernance, qui ont pour effet une performance misérable des organisations.
La «bonne gouvernance» vise à assurer que l’information circule, que réseaux et circuits sont nets, que chaque acteur connaît ses droits et responsabilités. Ainsi, le «pilote automatique» pourra bien faire son travail. Ce qui n’est pas sorcier, mais assez complexe. Pourquoi? Parce qu’il est difficile de faire comprendre à ceux et celles qui se prennent pour des potentats que personne n’est à la tête, que personne ne peut prendre tout seul les commandes de l’appareil, qu’il faut collaborer. C’est bien compliqué, parce que les prétentieux sont partout. Il faut donc souvent être subversif et ratoureux pour y arriver.
POUR EN SAVOIR PLUS
Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, Liber 2004
Gilles Paquet, Gouvernance : une invitation à la subversion, Liber 2005
Note préparée pour publication dans L’ACTUALITÉ en décembre 2005
à l'intérieur d’un dossier de Louise Gendron sur les 101 mots nécessaires
pour comprendre le Québec de demain.
Gilles Paquet est chercheur au Centre d’études en gouvernance à l’Université d’Ottawa et son site web est www.gouvernance.ca